Le projet pilote JAEL – Résultats et mesures à prendre

14.04.2026

 

Le projet pilote « Grandir en Foyer : Quels enseignements tirer de l'expérience (JAEL-GEF) » a, pour la première fois, examiné de manière systématique, à la demande de l'Office fédéral de la justice (OFJ), les parcours de vie à long terme des jeunes après une aide à la jeunesse stationnaire en Suisse. S'appuyant sur un projet pilote antérieur (MAZ.-REO), achevé en 2013, les jeunes adultes ont été interrogés à nouveau en moyenne 10 ans après leur sortie. L’objectif était d’identifier les facteurs de risque et de protection pour des transitions réussies vers la vie adulte et d’en déduire des améliorations concrètes. Un élément central a également été le développement d’un programme de formation continue en ligne destiné aux professionnel·les, afin de transposer directement ces connaissances dans la pratique.

Le projet JAEL-GEF a été mené par les Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle (UPK) en étroite collaboration avec la Clinique de psychiatrie infantile et juvénile d'Ulm. Ce projet pilote s'est déroulé sur une longue période, d'octobre 2016 à mars 2024, et s'appuie sur un échantillon de 231 anciens jeunes issus de l'aide à la jeunesse stationnaire. Avec 180 entretiens structurés – dont 110 ont fait l'objet d'une analyse approfondie –, cette étude compte parmi les enquêtes longitudinales qualitatives et quantitatives les plus exhaustives de l'espace germanophone. Le rapport final, qui présente les conclusions pertinentes et les mesures à prendre qui en découlent, est désormais accessible au public.

Les résultats de l'étude JAEL-GEF dressent un bilan global mitigé des parcours des jeunes pris en charge par les services d'aide à la jeunesse : une partie des jeunes s'intègre bien à long terme, tandis que la majorité s'intègre au moins de manière satisfaisante. Dans le même temps, on constate toutefois qu'une proportion inquiétante d'entre elles·eux continue de rencontrer des difficultés importantes dans des domaines essentiels de la vie et de ne pas participer pleinement à la vie sociale.

Parmi les principales conclusions, on peut citer :

  • Des antécédents marqués par de graves difficultés : Bon nombre des jeunes interrogés ont déjà subi des maltraitances, de la négligence ou d’autres expériences traumatisantes avant leur placement en foyer.

  • La santé mentale reste un enjeu central : Environ 60 % des anciens enfants placés en foyer répondent, à l’âge adulte, aux critères d’un trouble mental, souvent sur une longue période.

  • La transition vers la vie adulte est critique : Plus d’un tiers des personnes interrogées se sont senties insuffisamment soutenues lors du passage de l’aide à la jeunesse à une vie autonome.

  • Problèmes liés au travail et aux finances : Malgré une formation achevée, beaucoup ont du mal à s’insérer sur le marché du travail primaire, ce qui entraîne souvent des difficultés financières. C’est dans les domaines du travail et des finances que les participant·es sont de loin les plus insatisfait·es.

  • Expériences de violence en institution : Une partie des personnes interrogées a fait état de violences physiques ou sexuelles pendant leur placement en foyer – ce qui indique qu'il y a lieu d'améliorer la protection des enfants et des jeunes.

  • Effet positif de la formation continue : Un programme d'apprentissage en ligne destiné aux professionnel·les, développé dans le cadre du projet, a été très bien accueilli et renforce les connaissances et la confiance en soi dans la prise en charge des adolescent·es en difficulté.


Les résultats permettent de dégager des mesures à prendre claires et des revendications pertinentes pour la pratique et la politique :

  • Renforcer la phase de transition : les transitions vers la vie adulte doivent être accompagnées de manière plus durable, plus structurée et à bas seuil. Il est également nécessaire de clarifier la situation avec la famille d'origine.

  • Assurer la continuité : la stabilité des relations et du placement extra-familial revêt une grande importance pour une évolution positive. Il est essentiel d'aborder et de gérer de manière professionnelle les ruptures.

  • Mettre en œuvre de manière cohérente la protection de l'enfance dans les foyers socioéducatifs : les concepts de protection doivent être contrôlés efficacement et mis en pratique.

  • Développer la prise en charge psychologique : des offres continues et à bas seuil au-delà de l'âge de 18 ans sont essentielles.

  • Repenser les parcours éducatifs : mettre l'accent non seulement sur les diplômes, mais aussi sur un soutien ciblé et une intégration durable sur le marché du travail. Une intégration professionnelle réussie est généralement la clé d’un parcours globalement positif.

  • Renforcer les professionnel·les : développer systématiquement la formation continue – en particulier les formats numériques – et soutenir les professionnel·les dans leur travail.

  • Participation aux politiques sectorielles : intégrer l’expertise des care leavers dans le discours politique sectoriel. L’expertise issue de l’expérience met en lumière des aspects importants pour la politique et la pratique.


Conclusion : JAEL-GEF montre que l'aide à la jeunesse stationnaire peut être efficace, mais met également en évidence des faiblesses structurelles, notamment lors de la transition vers la vie adulte. Il apparaît très clairement que les care leavers sont touché·es, dans une proportion supérieure à la moyenne, par la pauvreté, les troubles psychiques, la toxicomanie, le chômage, l'endettement et l'instabilité du logement. Parallèlement, les résultats confirment que de nombreux et nombreuses jeunes considèrent que la phase de transition vers la vie adulte n’est pas suffisamment accompagnée, même si les structures de soutien se sont déjà améliorées ces dernières années. Il est essentiel de repenser le soutien au-delà des frontières institutionnelles et des limites d’âge et de l’orienter davantage vers les parcours de vie réels des personnes concernées.

Cliquez ici pour consulter le rapport final de l'UPK Bâle, Clinique pour enfants et adolescents, et de la Clinique de psychiatrie et psychothérapie pour enfants et adolescents d'Ulm :

Rapport final en ALL : Projet pilote : « Grandir en Foyer : Quels enseignements tirer de l'expérience » Rapport final (24.11.2025, ALL)

Résumé en FR : Projet pilote : « Grandir en Foyer : Quels enseignements tirer de l'expérience ». Résumé (24.11.2025, FR)